Le féminisme intersectionnel

Le féminisme intersectionnel remet en question la manière dont les inégalités sont souvent étudiées séparément.

Dans de nombreuses analyses, le racisme, le sexisme, les discriminations liées à la classe sociale, à l’âge ou encore à l’orientation sexuelle entre autres sont traités comme des problèmes distincts.

Or, dans la réalité, certaines personnes sont confrontées à plusieurs de ces formes de discrimination en même temps.

Leur vécu ne peut donc pas être compris en additionnant simplement ces discriminations, car ces inégalités se combinent et produisent des expériences qui sont spécifiques.

Par exemple, une femme peut être discriminée parce qu’elle est une femme, mais aussi parce qu’elle est racisée, pauvre, migrante ou encore âgée. Ces différents aspects de son identité agissent ensemble et influencent la manière dont elle est perçue et traitée par la société.

Les obstacles qu’elle rencontre ne sont pas les mêmes que ceux vécus par une femme blanche issue d’un milieu favorisé, même si elles subissent toutes deux du sexisme.

Un concept formulé en 1989

Le concept d’intersectionnalité a été formulé en 1989 par la juriste et féministe afro-américaine Kimberlé Williams Crenshaw. Elle a montré que les discours féministes dominants ne prenaient pas suffisamment en compte la situation des femmes noires.

Celles-ci se retrouvaient souvent invisibilisées : leurs expériences n’étaient ni pleinement reconnues par les mouvements féministes, centrés majoritairement sur les femmes blanches, ni par les mouvements antiracistes, qui avaient tendance à se focaliser sur les expériences des hommes noirs.

Le racisme et le sexisme ne s’exercent pas séparément dans la vie des femmes noires, mais qu’ils se croisent et se renforcent mutuellement, produisant des formes spécifiques d’inégalités.

Cette invisibilisation s’est notamment manifestée dans certains mouvements féministes historiques, souvent perçus comme représentant principalement les intérêts des femmes blanches et issues de milieux privilégiés.
Dans les années 1970 et 1980 aux États-Unis, par exemple, les mobilisations pour le droit à l’avortement se concentraient largement sur les besoins des femmes blanches de la classe moyenne.

Pourtant, pour les femmes noires ou pauvres, l’accès à l’avortement était souvent entravé par des obstacles supplémentaires, comme le racisme institutionnel, la précarité économique ou un accès limité aux soins de santé.

Ces réalités étaient rarement prises en compte par le mouvement féministe dominant.

Même si le terme d’intersectionnalité n’est apparu qu’en 1989, on peut citer Bell Hooks ou encore Angela Davies comme des pionnières.

Dès son premier ouvrage important, Ain’t I a Woman? Black Women and Feminism (1981), Bell Hooks montre que les femmes noires sont marginalisées à la fois par le racisme et par un féminisme centré sur les femmes blanches. Bell Hooks est inspirée par le discours “Ain’t I a Woman?” pour nommer son livre.

Ce discours est attribué à Sojourner Truth, née en 1797, une ancienne esclave devenue militante abolitionniste et féministe aux États-Unis. En répétant la question « Ne suis-je pas une femme ? », Truth avait ouvert la voie à une réflexion sur les discriminations croisées bien avant que le terme « intersectionnalité » n’existe.

Angela Davies, quant à elle, est une militante afro-américaine qui, comme bell hooks, est une fondatrice du Black feminism. Son ouvrage “Women, Race and Class” témoigne de son approche intersectionnelle et de l’importance qu’elle accorde à cette démarche.

Bell Hooks – Octobre 2014
Source: Wikimédia